C’est le chiffre qui circule partout sur les forums de production : -14 LUFS. Puisque Spotify et de nombreuses plateformes de streaming ont choisi cette valeur comme cible de normalisation, beaucoup de producteurs pensent qu’il s’agit d’une règle d’or à atteindre lors du mastering. Pourtant, les ingénieurs de mastering professionnels sont unanimes : viser cette cible est une erreur. Voici pourquoi.
1. Des cibles instables et divergentes
Il n’existe aucune norme universelle entre les plateformes de diffusion. Si Spotify propose par défaut une cible à -14 LUFS, d’autres services utilisent des valeurs allant de -13 à -16 LUFS, et certains (comme Spotify encore) permettent à l’utilisateur de choisir des cibles à -11 ou -22 LUFS.
De plus, ces valeurs évoluent régulièrement. Viser précisément -14 LUFS aujourd’hui, c’est prendre le risque que votre morceau soit obsolète demain si la plateforme change ses algorithmes.
2. Le risque artistique : un son trop « mou »
Le mastering n’est pas qu’une question de volume, c’est une question d’énergie. Pour certains styles comme le hip-hop, l’EDM ou le métal, la compression et la limitation font partie intégrante de l’esthétique.
• Vouloir atteindre -14 LUFS impose souvent de conserver une dynamique trop grande qui peut déliter le « groove » et la cohésion du morceau.
• À l’inverse, un morceau produit pour sonner de manière puissante et stable peut paraître bien plus efficace, même une fois baissé par la plateforme, qu’un titre produit trop faiblement pour satisfaire un algorithme.
3. Le piège des plateformes non normalisées
Le streaming n’est pas le seul lieu où votre musique existe. De nombreux espaces de diffusion ne pratiquent aucune normalisation :
• Les réseaux sociaux : Instagram, Facebook et Twitter ne normalisent généralement pas le niveau sonore. Un master à -14 LUFS y sonnera dramatiquement moins fort que les autres, ce qui est désavantageux pour la promotion.
• Certains services Hi-Fi : Des plateformes comme Qobuz ne normalisent pas non plus.
• Le support physique : Si vous pressez un CD, un master à -14 LUFS paraîtra extrêmement faible par rapport à la production actuelle.
4. Le rôle de l’ingénieur vs celui de la machine
Les professionnels interrogés dans les sources considèrent que leur rôle est de trouver le « juste niveau » pour la musique, et non de remplir un critère informatique.
• L’œuvre prime : Le mastering doit sublimer le mixage. Si le morceau sonne parfaitement à -10 LUFS, il faut le laisser ainsi.
• La plateforme gère le gain : L’ajustement du niveau par les plateformes n’altère pas le son original, c’est simplement un réglage de volume. Il est donc préférable de livrer un master techniquement parfait qui sera baissé, plutôt qu’un master trop faible qui ne pourra jamais être augmenté sans risque.
Conclusion : La musique avant les chiffres
En conclusion, ne faites pas du « mastering pour algorithme ». Votre priorité doit rester l’équilibre spectral, la dynamique et l’émotion du titre. Les plateformes s’adapteront à votre musique en ajustant le gain, mais elles ne pourront jamais compenser un manque de densité ou de caractère si vous avez bridé votre créativité pour atteindre un chiffre arbitraire.