Le « Stem Mastering » : Pourquoi cette pratique redéfinit le métier ?
Dans le monde de la production audio, une nouvelle méthode fait de plus en plus parler d’elle : le Stem Mastering. Si le mastering traditionnel consiste à travailler sur un seul fichier stéréo (le mix final), le stem mastering propose une approche hybride qui brouille les frontières entre le mixage et la finalisation. Pourquoi cette pratique séduit-elle autant d’artistes, et pourquoi divise-t-elle les professionnels ?
Qu’est-ce que le Stem Mastering ?
Contrairement au mastering classique, l’ingénieur reçoit ici plusieurs groupes de pistes, appelés « stems ». En général, on parle de 4 à 8 groupes maximum : par exemple, un stem pour la batterie, un pour la basse, un pour les voix et un pour le reste de l’instrumentation.
L’ingénieur peut alors appliquer des traitements spécifiques sur chaque groupe avant de les fusionner, offrant un contrôle bien plus précis sur l’équilibre final du morceau.
Une pratique née du Hip-Hop
Cette méthode n’est pas apparue par hasard. Elle trouve son ancrage artistique dans le Rap et le Hip-Hop, des genres qui se sont souvent construits davantage sur la production et le mastering que sur un mixage traditionnel. Dans ce contexte, livrer des stems permettait à l’ingénieur de réaliser une sorte de « super-mixage » pour donner à la musique l’impact et la distorsion volontaire recherchés par les codes du genre.
Pourquoi choisir les stems aujourd’hui ?
Selon les ingénieurs interrogés dans les sources, plusieurs raisons poussent les artistes vers cette solution :
• Le manque de budget : Certains labels ou artistes préfèrent se passer d’une phase de mixage exhaustive et confient la cohérence finale à l’ingénieur de mastering.
• L’autonomie des producteurs : De nombreux artistes produisent et mixent eux-mêmes leur musique à la maison. Ils arrivent au studio avec leurs stems pour bénéficier d’un regard professionnel tout en gardant une marge de manœuvre pour corriger d’éventuels déséquilibres qu’ils n’auraient pas vus.
• La flexibilité : Cela permet de corriger des problèmes impossibles à régler sur un fichier stéréo, comme une voix trop faible ou une basse qui étouffe le reste du mix.
Un débat au sein de la profession
Pourtant, le stem mastering ne fait pas l’unanimité. Certains professionnels, comme l’ingénieur Chab, estiment que cette pratique n’est pas tout à fait appropriée au mastering : « Notre travail n’est pas là », explique-t-il, soulignant que si un mixage a été bien fait, l’envoi de stems ne devrait pas être nécessaire.
Il existe une véritable porosité entre le mixage et le mastering dans cette démarche. L’ingénieur de mastering doit alors veiller à ne pas se transformer en mixeur et à rester concentré sur sa mission première : la finalisation et la sublimation de l’œuvre.
Conclusion : Une évolution des usages
Qu’on l’apprécie ou non, le stem mastering est le reflet des méthodes de production contemporaines. Il offre une solution adaptée à une époque où la création est de plus en plus décentralisée et où les frontières techniques s’estompent. Pour l’artiste, c’est un outil de sécurité et de créativité supplémentaire ; pour l’ingénieur, c’est une nouvelle façon d’accompagner un projet vers son plein potentiel.