Lecture 4–7 min · Mastering analogique & IA · Paris

L’époque où la musique était principalement consommée sur d’imposantes chaînes Hi-Fi dans le calme d’un salon est révolue. Aujourd’hui, la révolution numérique a déplacé l’auditeur : la musique s’écoute dans la rue, les transports ou au travail, souvent via des appareils qui n’étaient pas conçus pour la haute fidélité. Pour l’ingénieur de mastering, cette mutation des usages est un défi quotidien qui influence directement la finalisation d’un morceau.

L’hégémonie des systèmes portables

Depuis l’apparition du Walkman dans les années 80, l’écoute individuelle n’a cessé de croître. Aujourd’hui, le smartphone est devenu le support de lecture universel, souvent couplé à des enceintes portables connectées. Ces dernières sont particulièrement populaires car elles sont légères et sans fil, mais elles imposent une contrainte majeure : elles n’offrent souvent qu’une écoute monophonique.

De plus, si l’on utilise les haut-parleurs intégrés des téléphones ou des ordinateurs, on fait face à ce que les sources décrivent comme la pire qualité de restitution sonore parmi tous les systèmes grand public.

Le défi de la mono-compatibilité

Face à ces nouveaux modes d’écoute, l’un des enjeux primordiaux du mastering moderne est la mono-compatibilité. Comme l’explique Marine Benabou dans les sources, de nombreux jeunes écoutent la musique directement via le haut-parleur de leur téléphone ou sur des enceintes nomades qui somment le signal en mono.

L’ingénieur doit donc s’assurer que les éléments essentiels du mixage ne disparaissent pas lorsque les deux canaux (gauche et droite) sont fusionnés. Un master qui « s’effondre » en mono perdrait tout son impact sur une story Instagram ou une vidéo TikTok, des plateformes devenues essentielles pour la promotion des artistes.

Faut-il sacrifier les basses pour les petits écouteurs ?

Une question technique se pose alors : est-il pertinent de conserver des fréquences ultra-graves (comme le 20 Hz) si le public écoute majoritairement sur de petits écouteurs incapables de les reproduire ?

Certains ingénieurs, comme Antoine Bernard, s’interrogent sur l’utilité de pousser ces fréquences très basses si elles ne sont jamais entendues par la cible visée. Cependant, la philosophie dominante reste celle de la polyvalence universelle. L’objectif du mastering est de s’assurer que le titre offre un rendu satisfaisant sur tous les systèmes, du plus médiocre au plus haut de gamme. Comme le souligne l’ingénieur Chab, il ne s’agit pas d’ajouter des aigus pour compenser la faiblesse des écouteurs, mais de créer un équilibre si juste qu’il fonctionnera partout.

Le mastering comme « garant » de l’écoute partout

En fin de compte, le rôle de l’ingénieur de mastering est de faire « entrer le signal dans un tuyau » pour garantir qu’il passe correctement sur tous les supports. Il doit repérer les problèmes de déséquilibre qui rendraient le titre inaudible sur un téléphone ou une enceinte Bluetooth.

Même si les outils numériques permettent aujourd’hui d’atteindre des niveaux sonores records, la véritable expertise réside dans la capacité à préserver l’émotion musicale, que l’auditeur soit équipé d’un casque audiophile ou d’un simple smartphone.