Lecture 4–7 min · Mastering analogique & IA · Paris

Le monde de la musique tel que nous le connaissons va changer de façon radicale d’ici 5 ans. Pendant que les artistes s’épuisent dans le flux quotidien, les décisions prises dans les hautes sphères industrielles dessinent un futur où la musique n’est plus une œuvre, mais un actif financier passif. Nous nous dirigeons vers un marché scindé en deux mondes étanches : d’un côté, une poignée d’artistes « incroyables », de l’autre, un océan de contenus générés par IA pour une masse d’auditeurs qui ne fait plus la différence, guidée par des playlists auto-dirigées vers des objectifs de rentabilité pure.

L’intérêt des Majors est limpide. Puisque la nouveauté coûte cher et rapporte peu, le futur se trouve dans le back-catalogue. L’alliance entre les détenteurs de droits et les IA type Suno va permettre de presser le citron jusqu’à la dernière goutte de nostalgie. Imaginez : demain, pour votre anniversaire, une application génère une soirée entière où la voix d’un chanteur légendaire décédé — dont les droits et les masters sont verrouillés par ces alliances — chante des titres personnalisés avec votre nom, comme si Michael Jackson s’adressait directement à vous.

Pour les diffuseurs et les réseaux sociaux, c’est le jackpot du revenu passif. Pour nous, ingénieurs et musiciens, c’est le risque de devenir les témoins impuissants d’un public qui ne s’embarrasse plus de nos questions de dynamique, de phase ou de vérité artistique. Ce blog n’est pas là pour faire l’éloge du matériel, mais pour décrypter cette mutation sans précédent et réfléchir à comment protéger l’exception culturelle face à la machine.